On le sait, les Oméga 3 sont bons pour la santé, indispensables, même, au bon fonctionnement de notre organisme… Mais si le lien entre ces acides gras essentiels et les effets néfastes de leurs carences a été démontré, il fallait bien, ici, une petite leçon de biochimie pour vous permettre de comprendre le pourquoi du comment…
Des messagers dans nos cellules
En 1982, une équipe de scientifiques, deux Suédois et un Britannique, va recevoir un prix Nobel pour ses recherches sur le fonctionnement des Oméga 3. Ils parviennent, du fond de leurs laboratoires, à mettre en évidence le rôle capital qu’occupent ces nutriments dans le grand ballet du corps humain.
Ils font lumière sur des molécules à effet « hormonal », les bien nommés « médiateurs cellulaires ». Ces molécules qui répondent aux doux noms de Prostaglandines, Prostacyclines, Thromboxanes ou encore Leucotriènes sont primordiales, elles permettent la régulation optimale de nos organismes. Elles envoient des informations à nos cellules qui, de la sorte, peuvent se coordonner et agir en parfaite harmonie. C’est ainsi que de nombreuses fonctions dépendent de la bonne activité de ces petits messagers, comme, par exemple, la fertilité, l’immunité, la fluidité du sang, l’inflammation, etc.
Et devinez quoi ! Toutes ces molécules, ces « minis-arbitres », sont fabriquées grâce aux Oméga 3 et aux Oméga 6, et, en autre, grâce à L’EPA, un acide gras Oméga 3 qui est à l’origine de la fabrication de tous ces informateurs cellulaires.
Oméga 3, ALA, EPA, DHA… Mais qu’est ce que tu me racontes là ?
Comme les choses ne peuvent pas toujours être simples, et que la biochimie ne déroge évidemment pas à la règle, une petite présentation de la famille des Oméga 3 et une clarification de ses différents membres s’imposent.
Si vous entendez parler d’ALA, de EPA, de DHA, surtout pas de panique, il s’agit, en fait, de différents « types » d’Oméga 3. L’ALA, l’acide Alpha-Linolénique est le précurseur, le frère aîné de cette famille nombreuse. C’est lui qu’on trouve dans toutes les sources végétales d’Oméga 3, l’herbe, le lin ou la luzerne par exemple. Et lorsque les animaux les absorbent et les digèrent, il arrive (grâce à des actions très compliquées et des mots barbares tels que biohydrogénéisation ou enzymatique) que ces acides gras s’en trouvent modifiés. Un peu plus d’hydrogène par ci, un peu plus de carbones par là et on se retrouve avec des Oméga 3 différents. Les plus courants et les plus connus sont l’EPA (Eïcosa Penta enoïque Acid) et le DHA (Docosa Hexa enoïque Acid).
Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que ce sont les végétaux qui fabriquent, exclusivement, les ALA, et que seuls les animaux produisent les EPA ou les DHA.
Oméga 6 et Oméga 3… Freins et Accélérateurs
Comme vous l’avez lu plus haut, les « médiateurs cellulaires » sont créés à partir des Oméga 3 et des Oméga 6. Seulement l’un et l’autre ne se destinent pas à produire le même type de molécules. Les minuscules envoyés spéciaux qui régissent notre fonctionnement cellulaire ont, en effet, des rôles antagonistes, en fonction de l’Oméga qui a permis leur synthèse.
Pour éclairer vos lanternes, rien de tel qu’une petite mise en situation très simple. Imaginez un Tromboxane A2, petit messager issu des Oméga 6. Sa tâche est précise : il favorise la cicatrisation, l’agglomération sanguine. Maintenant, visualisez son cousin, le Tromboxane A3. Il est obtenu grâce aux Oméga 3 et s’affaire sur une toute autre mission : la fluidité sanguine. Si votre alimentation est trop riche en Oméga 6, votre sang sera donc moins fluide, et inversement, si ce que vous mangez vous apporte une quantité trop élevée d’Oméga 3, votre peau cicatrisera moins vite.
Cette symétrie est valable pour tous les médiateurs cellulaires. Si les Oméga 6 activent et pressent le processus d’inflammation, les Oméga 3 vont, en revanche, modérer ce mécanisme. Il y a, dans notre corps, des pour et des contre, des accélérateurs et des freins. Tout est donc une question d’équilibre. Ni trop, ni trop peu. Il faut, pour optimiser cette science de la concordance, stabiliser le rapport entre Oméga 3 et Oméga 6. En nutrition, il n’y a pas de bons ou de mauvais acides gras, il y a seulement des carences et des excès. Pour que l’organisme soit stabilisé et qu’il fonctionne au mieux, il faut, dans l’idéal, consommer un Oméga 3 pour cinq Oméga 6.
DHA, la cerise sur le gâteau
Très intéressantes ces petites molécules, ces « quasi-hormones », mais elles ne suffisent pas, cependant, à expliquer l’intégralité des effets physiologiques des Oméga 3.
En effet, puisqu’un autre acteur occupe également le devant de la scène… Le DHA (si, si, souvenez vous the Docosa Hexa enoïque Acid). Affublé, il y a quelques années, du tendre sobriquet d’« acide cervonique », il représente, à lui tout seul, plus d’un tiers du poids du cerveau, du tissu nerveux et de la rétine et semble jouer un rôle des plus appréciables dans la structuration des cellules cardiaques.
On retrouve ce cher acide gras dans les membranes (ces tissus très fins qui enveloppent les organes) de chacune des cellules de notre corps. L’architecture du DHA est spécifique et lui confère, comme à un super héros, des propriétés de plasticité et de perméabilité remarquables.
Pour conclure
Il n’y a donc pas qu’un seul acide gras en jeu mais plusieurs types d’Oméga 3 et différents effets biochimiques et biologiques démontrés. Mais malgré leurs vertus maintes et maintes fois énoncées, les Oméga 3 ne sont pas des médicaments. Malheureusement, ils ne représentent pas une échappatoire miraculeuse aux maladies, qu’elles soient physiologiques, psychologiques ou neurologiques. Cependant, comme les Vitamines, notre corps, qui ne sait pas les fabriquer, en a besoin pour vivre. Au risque de se répéter, c’est bien l’équilibre qui prévaut, les excès et les carences étant des jeux dangereux. Quand on sait que les Oméga 3 agissent au niveau du fonctionnement de nos cellules, de la fluidité de notre sang, du bon fonctionnement cardio-vasculaire, des actions anti-inflammatoires et autres constructions du cerveau, il apparaît évident que les effets d’un manque ne peuvent pas être sans conséquence sur notre santé globale. Ainsi, c’est avant tout sous la rubrique « prévention » que les Oméga 3 trouvent leur meilleure place.
Dans tous les phénomènes constatés, le rapport Oméga 3 / Oméga 6 semble également relever de la plus haute importance. Comme quoi, encore une fois, en nutrition, tout est question de proportion.