Depuis quelques années déjà, les Oméga 3 sont devenus de véritables stars en matière de nutrition. Mais qui sont-ils exactement ? Pour mieux comprendre, petite rétrospective, de découverte en découverte…
Des chiens et des graisses essentielles : La préface de Monsieur Chevreul
Les prémices de cette histoire remontent au début des années 1800. Un scientifique français quelque peu avant-gardiste, Michel-Eugène Chevreul, le père de la biochimie des lipides, s’intéresse de très près aux graisses organiques animales. Il fait de nombreuses expériences et approfondit considérablement nos connaissances scientifiques sur le sujet. Mais étrangement, parmi toutes les observations menées par notre homme, l’une d’elles reste peu connue. Cet essai introduit pourtant les futures découvertes sur les Oméga 3. Michel-Eugène Chevreul distribue à plusieurs chiens un régime contenant les quantités nécessaires de protéines, de glucides et de lipides. Le scientifique gère l’apport de lipides en dispensant de l’huile d’olive. Pour lui, tous les animaux savent produire des graisses comme la vache qui mange de l’herbe et fabrique du beurre, ou l’homme qui boit de la bière et prend du ventre. Pourtant, et bien malheureusement, les chiens finissent par mourir. De cette triste expérience, Michel-Eugène Chevreul conclut que certaines graisses sont essentielles à la vie mais que les animaux, ou du moins les chiens, ne savent pas les fabriquer. Elles sont donc indispensables et, évidemment, ce n’est pas dans la composition de l’huile d’olive que l’on peut les trouver.
Des rats et des acides gras : L’entrée en scène de la Vitamine F
Un siècle plus tard, deux scientifiques américains, Burr et Evans, vont affiner ces découvertes précoces. Il y a effectivement des graisses indispensables à la vie. Et elles sont bien spécifiques : Ce sont les acides gras poly-insaturés. Les deux compères privent une poignée de rats de ces nutriments essentiels. Les petites bêtes sont alors très vite victimes de toutes sortes de troubles. La leçon est rapidement comprise : Ces acides gras poly-insaturés sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme et le corps ne sait pas les fabriquer. Nos deux hommes nomment ces substances essentielles les Vitamines F.
Mais, qu’est que c’est qu’un acide gras ?
Les acides gras sont des molécules qui composent les graisses. Ils sont représentés par des chaînes d’atomes de carbones auxquels sont rattachés des atomes d’hydrogène. Lorsque les atomes de carbone ne peuvent accueillir d’atome d’hydrogène supplémentaire, lorsqu’ils sont chargés au maximum, ce sont des acides gras de type saturés. Si les atomes de carbones peuvent, en revanche, accueillir d’autres hydrogènes, on parle d’acides gras insaturés. Lorsque la place est suffisante pour un seul hydrogène, alors, nous avons affaire à des acides gras mono-insaturés. Et quand la place est suffisante pour accueillir plusieurs hydrogènes, … et bien ce sont logiquement des acides gras poly-insaturés.
Du rififi chez la Vitamine F : Les premiers rebondissements des frères Oméga
Deux chimistes allemands avaient déjà découvert, en 1886, que ces acides gras poly-insaturés étaient deux. Ils avaient extrait ces graisses de la graine de lin et s’étaient alors chargés de les nommer, de la façon la plus originale qui fut : acide alpha-linolénique - futur Oméga 3 - et acide linoléique – futur Oméga 6. . (Si vous n’êtes pas un germaniste distingué, sachez que le Leinöl veut dire « huile de lin » d’où les appellations de linolénique et linoléique.)
Dans les années 1930, Burr, notre scientifique américain, se rend compte qu’en cas de carence en linoléique – ou inversement –, l’apport d’alpha-linolénique ne peut pas, à lui seul, rééquilibrer la situation. Il comprend alors que ces acides gras sont tout à fait indépendants et qu’il n’existe pas qu’une seule et même Vitamine F. Il distingue alors deux familles d’acides gras essentiels : Les Oméga 3 et les Oméga 6.
Des Oméga 3 et des Suédois : Lumière sur le fonctionnement cellulaire
En 1982, une équipe suédoise, qui recevra d’ailleurs un prix Nobel pour ses études, va s’intéresser aux rôles que jouent ces « Frères Oméga » dans nos organismes et tenter d’expliquer pourquoi ces nutriments sont essentiels à la vie. Car si les effets d’une carence en acides gras poly-insaturés ont désormais été démontrés, l’équipe suédoise va, elle, s’attacher à en comprendre les raisons.
Et ces scientifiques vont faire des découvertes très intéressantes. Ils observent en effet que ces graisses servent à fabriquer de nombreuses molécules qui agissent, au niveau de la cellule, comme des hormones. Appelées « médiateurs cellulaires », ces molécules régulent toutes sortes d’effets, comme l’immunité ou l’inflammation, et permettent à nos cellules de communiquer entre elles et d’interagir.
Du poisson et des Esquimaux : Le coup de théâtre cardiovasculaire
En 1970, des observations mettent en avant le lien entre Oméga 3 et maladies cardiovasculaires. Un épidémiologiste danois remarque l’absence de problème cardiaque chez les Esquimaux du Groenland. Il cherche donc à en définir la cause et observe l’environnement et les habitudes de ce peuple. Il écarte le facteur génétique – les Esquimaux émigrés à Copenhague ont les mêmes problèmes d’infarctus qu’un Danois moyen – et oriente ces recherches sur l’alimentation. Très vite, il suit la piste du poisson. Les Esquimaux groenlandais en consomment en effet une quantité conséquente. En 1978, le scientifique danois Dyerberg énonce ses idées sur les vertus cardioprotectrices des Oméga 3 contenus dans les graisses animales du poisson et du phoque.
Du régime crétois et des petites îles : Le secret de la longévité ?
Dans les années 70, une autre étude va se révéler très importante pour nos Oméga 3, l’étude dite « des sept pays ». Le professeur Ancel Keys, accompagné d’une équipe internationale, se lance dès 1958, dans une enquête des plus fastidieuses. En effet, pendant plus de 10 ans, ces scientifiques vont suivre les modes de vie et d’alimentation de plus de 10.000 personnes, afin de déterminer leurs incidences sur les risques de maladies cardiovasculaires. Les résultats salueront la formidable longévité des paysans de l’île de Crète et leur régime alimentaire, le fameux régime crétois. L’originalité de cette alimentation tient, en fait, à ses nombreuses sources d’Oméga 3. Œufs, pourpier, huile de noix, poissons, viande d’oie, de lapin, escargots, etc. Il y a, sur cette île, de quoi en faire tout un plat…
À l’autre bout du monde, c’est un autre bout de terre qui fait parler de lui. Deux scientifiques japonais vont, en effet, s’intéresser à l’archipel d’Okinawa, qui compte un bon nombre de centenaires. En cherchant le secret de longévité de ses habitants, nos deux hommes observent le faible taux de maladies cardiovasculaires et se penchent sur les habitudes alimentaires locales. Encore une fois, une consommation élevée de poisson et de plusieurs sources naturelles d’Oméga 3 vont, en partie, expliquer ce record d’espérance de vie.
Des études et des marqueurs biologiques : La consécration des Oméga 3
Dans les années 90, plusieurs études vont venir confirmer les nombreuses observations et les hypothèses mises en avant par ces différents chercheurs. On augmente, grâce aux huiles animales ou végétales, l’apport en Oméga 3 chez des sujets à risques cardiaques. Les résultats confirment les théories. Lorsque l’on prescrit des régimes Oméga 3, le taux d’infarctus et la mortalité cardiovasculaire diminuent de façon significative. L’étude « de Lyon », menée par le docteur Michel de Lorgeril, est l’une des démonstrations les plus probantes. Sur un groupe de 300 personnes ayant déjà fait un infarctus, la mortalité cardiovasculaire recule de 80%. Mais les vertus des Oméga 3 ne se limitent pas au domaine cardiovasculaire. Comme il a été observé, au détour de la Crète et du Japon, ces nutriments essentiels diminuent également la mortalité de façon générale.
D’autres enquêtes scientifiques vont venir élargir le champ des possibles. En utilisant les profils d’acides gras du sang ou des tissus adipeux comme des marqueurs biologiques, on va pouvoir constater et affirmer l’intérêt des Oméga 3 dans la réduction des risques de certains cancers, de maladies mentales comme la dépression ou de maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Là encore, le rôle central de ces acides gras indispensables dans la bonne marche de notre organisme est mis en avant.
Des premières recherches à aujourd’hui : En attendant le happy End…
Finalement, de la découverte des Oméga 3 à la démonstration de leurs vertus, 50 printemps sont passés. Si l’on continue le calcul, on s’aperçoit que 20 années de plus ont été nécessaires pour que les preuves scientifiques sortent enfin des laboratoires et viennent toucher les prescripteurs. Ce dossier est pourtant un véritable dossier de fond, il représente un enjeu important. À l’heure où l’obésité gagne de plus en plus de terrain et où les problèmes cardiovasculaires ne semblent pas trouver d’échappatoires, la prise en compte des Oméga 3 en nutrition est devenue un objectif de santé publique capital. Bleu-Blanc-Cœur a vu le jour en 2000, mais depuis 1994, nous travaillons patiemment sur ce sujet passionnant. En espérant qu’il ne faille pas attendre encore 10 ans pour que des données aussi importantes soient enfin connues du grand public et que des mesures effectives soient prises.