
C’est Charlemagne, qui impose la culture et la consommation du lin. Plus tard, la petite graine et sa tige contribueront à l’exceptionnel enrichissement des Flandres pendant le Siècle d’Or (1584-1702). Les paysans la cultivent, les tisserands en font des toiles, des tapisseries, les peintres et leurs clairs obscurs ne jurent que par l’huile de lin. On retrouve d’ailleurs, de cette époque où la peinture se révolutionne en s’intéressant au monde qui l’entoure et aux aspects du quotidien, de nombreuses scènes rurales, des tableaux champêtres où le lin est au premier plan. En Europe du Nord, la plante s’impose alors comme un symbole de richesse et de santé.
On la cultive abondamment dès le 16ème siècle, et ce, pendant 400 ans. En France, et surtout en Bretagne, les paysages du mois de juin, qui voient fleurir la plante, prennent des teintes bleues et mauves. En 1850, on compte à travers l’Hexagone, plus d’1 million d’hectares dédiés à la culture du lin. Les traditions qui se bâtissent autour de cette graine se transmettent de génération en génération. De mère en fille et de père en fils, on apprend comment moudre et cuire cette petite graine pour soigner le bétail ou les amis, ainsi que pour confectionner des cataplasmes aux enfants malades.
De la concurrence…
Pourtant au début des années 2000, le bilan est pessimiste, le chiffre est tombé à 15 000 hectares. Que s’est-il passé, pourquoi le lin a-t-il perdu autant de terrain ? Et bien, c’est assez simple à comprendre. La plante n’est malheureusement pas assez rentable, trop dure à récolter, trop peu productive. On lui préfère des cultures plus rémunératrices comme le blé, le maïs ou le soja. Et petit à petit, le bleu et le mauve s’estompent pour laisser le jaune et le vert dominer nos campagnes.
Le lin pour notre environnement
Le lin est l’une des plus anciennes plantes oléagineuses cultivées. Sa culture est une culture respectueuse de la nature puisqu’elle ne nécessite que très peu d’engrais et de produits phytosanitaires. Le lin est une excellente tête d’assolement et notamment un très bon précédent au blé (il laisse une bonne structure de sol et offre une meilleure implantation et un bon état sanitaire de la culture à l’automne.
Le lin a bien d’autres atouts environnementaux : sa culture peut casser des rotations courtes génératrices de résistances aux traitements et aux maladies, elle est naturellement résistante aux limaces (les anti-limaces sont des traitements très nocifs pour la faune et la flore), il ne nécessite aucun apport d’azote ou de potasse.
Autres atouts écologiques le lin d’hiver ne nécessite pas de labour ; ce qui permet une meilleure dégradation des matières organiques du sol et une économie de gasoil.
Enfin, la paille issue du lin oléagineux peut aussi être utilisée pour une valorisation écologique puisque on l’utilise aujourd’hui pour fabriquer des isolants (ex. renforts latéraux des portières de voiture), elle peut aussi remplacer le film plastique dans la mise en place des haies de reboisement ou des plantations…
La culture du lin offre également une meilleure répartition annuelle des tâches de travail sur l’exploitation : le lin peut être semé à l’automne ou au printemps.
Traditionnellement, les graines sont semées en mars. La plante grandit jusqu’en avril, puis laisse éclore ses pétales bleus en juin, avant d’être récoltée en juillet.